CAUE Martinique

Une Architecture Antillaise ?

Le CAUE  propose un nouvel espace d’expression, une fenêtre aux professionnels du cadre vie en Martinique. La rubrique « Fenêtre sur… » les invite à s’exprimer sur tous les sujets actuels ou passés qui concernent l’architecture, l’urbanisme, l’environnement, le patrimoine, bref le cadre de vie.

Avertissement : Il convient de noter que les techniques évoquées dans ces articles ne correspondent peut être plus aux normes en vigueur en 2019.

Ce qui suit est une réflexion personnelle de l’architecte Yves EDMOND, faite en 1979, sur l’architecture antillaise alors qu’il entamait sa longue carrière professionnelle. Il nous l’a spontanément proposée et nous avons jugé intéressant de la présenter à nos lecteurs afin de montrer que ces propos d’alors sont encore d’actualité.

En 2019, Yves EDMOND écrivait : « Le point d’interrogation est là, juste pour dire qu’il ne s’agit pas d’une étude technique à but didactique, mais bien d’une réflexion personnelle sur un sujet, qui à coup sûr devrait me fournir d’alpenstock pour attaquer la montagne professionnelle qui m’attentait. De fait, la présentation du texte pourra surprendre. Ses incorrections grammaticales, son vocabulaire, voire ses tournures, et que sais-je encore, devraient teinter cet écrit de couleurs sympathiques. Tout au moins, c’est ce que j’espère, compte tenu du respect que j’ai de la personne que j’étais à ce moment-là. Ce sera donc les photocopies(1) du document original daté du 22 octobre 1979 qui sera présenté cher lecteur à ta lecture attentive. Par la même occasion, ayant cité le GAOULE dans cette démarche, et ayant concomitamment fait une esquisse de cette propriété à caractère historique, j’ai enrichi le texte de cette étude graphique. »

Une Architecture Antillaise ?

Propos d’un jeune Architecte datés du 22 septembre 1979

Par Yves EDMOND

UNE ARCHITECTURE ANTILLAISE – Le propos est ardu certes, mais il faut bien le dire, des torrents de salive, des débordements d’encre n’ont pas réussi seulement à me convaincre que la question avait été posée. Il est paru des ouvrages qui ont le mérite d’exister – cependant se voulant recueils de recettes – s’ils apportent matière à réflexion pour les profanes, ils sont totalement inutiles sur le plan pratique car il n’existe pas de recette en matière d’architecture. Ça ! il faut le dire, car la profession d’architecte n’a de fondement que sur cette certitude.

S’il n’y a pas de recette par-contre il y a des contraintes qui par leur nombre et leur diversité font une eau trouble dans laquelle le non initié ne peut que se perdre.

J’ai employé le terme Initié auquel il convient de mettre un I majuscule, car l’acte de bâtir est un acte sacré – la maison est le tabernacle de la société – un sourire ici est autorisé : pourquoi pas ! Cependant réfléchissons-y. Tous les éléments vitaux de la société sont pris en compte dans les diverses contraintes que je ne vais pas citer par le détail, mais en rubriques :

1°) – Les règlements administratifs qui régentent l’acte de bâtir, qui émanant d’une administration centrale située à des lieues de l’endroit où on les applique ont peu de chance d’être parfaitement adaptés et ouvrent la porte à des bavures.

Dans ce grand catalogue on retrouve avec parfois des contradictions, les règlements généraux d’urbanisme, avec la définition des zones, les règlements de lotissements, les règlements de sécurité, les règlements sanitaires (qui ne sont pas négligeables si l’on pense que leur non-respect peuvent mener au meurtre) et enfin les règlements des concours quand ce mode de consultation est envisagé. D’autres n’ont pas d’incidence directe sur la qualité architecturale, mais induisent des paramètres dans l’équation dont elle dépend. Je veux parler de la loi Galley (du minimum légal de construction).

2°) – Les contraintes géographiques qui représentent elles-aussi un catalogue impressionnant avec les têtes de chapitre suivants :

3°) – Les contraintes économiques – avec incidence importante du commerce des matériaux de construction ainsi que des industries locales

4°) – Les contraintes sociales

5°) – Les contraintes culturelles (évidemment celui qui n’a pas discuté avec un client qui veut construire ne peut imaginer l’importance de ce 5ème)

6°) – Enfin pour que le tour soit complet les contraintes, les plus définitives, du programme et des désirs du maître d’ouvrage.

Vous noterez que j’ai omis de parler des contraintes professionnelles, qui pour importantes qu’elles soient n’ont pas à être prises en compte ici.

Celui qui arrivera à dégager tous ces paramètres pour les introduire dans une équation directement soluble par l’esprit humain aura provoqué une révolution culturelle plus importante que la découverte du feu.

Et la beauté dans tout cela ? Me direz-vous. Au diable la beauté : je répondrais, car celle-ci se trouve dans l’œil qui regarde et non dans l’objet.

Mais je ne suis pas fou : un architecte qui tiendrait de tels propos sans pommade serait à lier évidemment.

Ce que j’ai voulu dire, c’est que viser le beau à travers ce brouillard de contrainte ne peut mener à rien de satisfaisant. Le beau en architecture ne peut être qu’un résultat, qu’une conséquence, une bénédiction de la nature, une récompense pour un travail bien fait – et fait avec courage – car il y a des impératifs qui ne sont pas compatibles et conduisent à des choix qui peuvent à la limite être des déchirements aussi bien pour le concepteur que pour le maître de l’ouvrage. Le talent n’intervient que pour diminuer l’effort.

Où est l’architecture Antillaise dans tout cela ? D’accord elle n’y est pas, il convient donc de l’y faire entrer. J’ai défini le gibus du magicien, comment cette architecture va-t-elle y entrer, pour que nous en sortions une belle réalisation dont on pourra dire avec émerveillement. Ha ! ça oui c’est de l’architecture Antillaise. Alors arrivons au fait, mais auparavant tirons un coup de chapeau respectueux aux anciens – j’ai voulu dire voyons un peu ce qui a été fait aux Antilles dans un passé historique – Et c’est là que se cache le plus vicieux des pièges le seul d’ailleurs, la tendance naturelle de l’homme à s’attendrir sur son passé, voir à le regretter et de là à dire – Nos grands-pères les veinards. Il n’y a qu’un pas.

Aussi tournons-nous vers un passé glorieux certes : puisqu’il nous a enfanté, et, considérons le d’un œil sec que je voudrais un peu cynique. Après tout il est difficile de sortir d’un travers sans tomber dans un autre, mais là, ce sera utile, car il faudra remettre en cause un paquet de certitudes que nous estimons bagage précieux.

Pour cela suivons une chronologie. Passons rapidement sur le Carbet et l’Ajoupa, abri de fortune permettant d’attendre la construction du foyer du colon. Que sera celui-ci ? La transposition pure et simple de la maison de son enfance avec quelques modifications ou adaptations dues à la main d’œuvre et aux matériaux. De toute façon le critère est ce que l’on a laissé derrière soi et son cortège de nostalgie.

Et si l’on pense que la plupart de ces colons sont originaires de la frange maritime du Portugal à la mer du Nord, il n’y a pas de surprise à ce que la maison soit une bâtisse simple aux murs solides, aux toitures à forte pente et peu de débord. C’est-à-dire une construction parfaitement adaptée au climat maritime à la forte agression des intempéries : capable d’abord de résister à la tempête. Serait-ce là le type souhaitable pour la construction Antillaise ? Non ! Et pourtant prenons deux cas dont la conservation permettra une heureuse analyse.

1°) – L’habitation Fond Saint-Jacques à Sainte-Marie. Magnifique travail de la pierre et du bois mais il est certain qu’en dépit de l’agrément pour l’œil et du confort qu’on y trouve, cette architecture ne peut être qualifiée d’antillaise puisqu’elle serait plus à sa place dans les environs de la Rochelle. Et pourquoi, simplement parce que, projet de colon fortuné, l’ensemble du fonds Saint-Jacques a été conçu et achevé en perfection avec les données de l’époque.

2°) – Le deuxième cas est bien plus intéressant, il s’agit du GAOULE près du DIAMANT. Résultat d’une démarche pragmatique et progressive, cette bâtisse hélas abandonnée devrait être considérée comme un joyau de l’architecture Martiniquaise.

L’harmonie de ses masses, l’heureux effet du temps sur les arbres et les vieilles pierres en font un ensemble où l’esthétique se manifeste par des sentiments de quiétude, de bien-être et de confort. Les éléments de cette réussite sont :

Des croquis simples vaudront mieux qu’un long discours.

 

 

 

 

 

Il est à noter que les matériaux du corps principal sont plus nobles : stéréotomie des encadrements de baie et des angles – pièces massives en bois.

Les adjonctions sont en blocage de maçonnerie en matériaux divers que l’on qualifie de tout venant : moellons, débris de terre cuite, madrépore et les sections des bois sont en rapport avec l’économie du pays. Il faut aussi noter que les colons étaient des hommes rudes qui vivaient à la dure dans les débuts puis est venue une certaine aisance et cela se traduit par des adjonctions qui améliorent le confort certes, et sont même du luxe comme la véranda, mais affaiblissent la résistance générale du bâtiment aux mauvais temps. D’ailleurs la qualité des matériaux a suivi cette dégénérescence.

 

 

 

 

En conclusion si la façade Est a évolué vers une architecture plus proche d’une notion de confort dans l’habitat en pays tropical, la façade Ouest est restée résolument « Vendée ou Ile de France ».

Il n’y a évidemment pas de leçon pratique à tirer de ces exemples. Ils ne servent qu’à remettre en cause un choix implicite d’architecture dite Antillaise. D’ailleurs les autres îles, Anglaises surtout, sont éloquentes en la matière.

Et voici bouclée la première étape de l’architecture de notre région.

Nous en arrivons à la 2ème phase la plus significative – parodiant Boileau je dirai : « Enfin la véranda vint » – franchissant les âges et les mers sur quelques vaisseaux anglais elle vint d’un pays de mousson : l’Inde.

Mais en quoi consiste cette maison Indienne à véranda qu’un peuple sans histoire s’est approprié sous le label « Maison Tropicale Antillaise » ou architecture locale. Ça y est le mot est lâché, oui cette maison totalement étrangère est notre architecture. Il est donc temps que nous l’analysions.

Sommairement elle se compose d’un noyau central clos par des menuiseries dont la vocation est davantage la perméabilité que l’étanchéité (ventilation). Ce noyau est peu fonctionnel, peu diversifié.

Autour de ce noyau protecteur la véranda qui met les murs du noyau central hors des intempéries moyennes et surtout hors des rayons incidents du soleil. Faisons appel à la bande dessinée pour mieux nous faire comprendre.

 

Le plan d’une simplicité monacale.

 

 

 

 

La coupe sur un terrain présentant une déclivité.

Il s’agit là d’une adaptation locale d’une architecture type sur pilotis. Ici la déclivité permet un vide sanitaire qui selon son importance peut permettre l’installation de communs : cellier, voire même de la cuisine.

Si nous nous sommes appropriés cette architecture relativement récente, qui ne s’impose qu’au début du 19ème siècle, il doit bien y avoir une raison. Elle est simple, elle est primordiale, elle répond dans l’essentiel aux critères de construction pour un confort en pays tropical humide : le nôtre. A cette nuance près que le nôtre est aussi maritime. Dans cette maison il faut le dire on est aussi bien qu’à l’ombre d’un manguier vénérable.

 

Mais il y a mais d’importance. Ce type de maison qui a enchanté mon enfance turbulente, qui a certainement satisfait des générations d’habitants présente à l’analyse des défauts graves que nous allons analyser un à un :

1°) – La conception du noyau qui doit être le plus compact possible pour éviter une extension que multiplie encore la véranda.

Cette compacité comme le montre le plan ne permet pas si l’on veut sauvegarder le confort climatique d’assurer une véritable intimité des locaux ni leur multiplication.

2°) – La conception architecturale qui oblige à des toitures très plates pour la véranda d’où étanchéité difficile et surtout vulnérabilité aux cyclones.

3°) – Prévue pour une région de forte précipitation, la véranda n’est pas prévue pour le grain venté du climat maritime.

4°) – L’économie du projet – la véranda qui représente plus de 50 % de la surface bâtie ne peut être rentabilisée – (elle reste le domaine des enfants pour le jeu).

5°) – Le côté fonctionnel peu satisfaisant notamment en matière de sanitaire.

Donc cette conception heureuse de notre habitat ne répond plus au contexte actuel, sur le plan économique, comme sur le plan fonctionnel, social et familial.

Une attitude pragmatique a très tôt conduit à clore certaine partie de la véranda. On gagne ainsi de la place, de nouveaux locaux, mais aussi on climatise car on a détruit le confort climatique.

Alors résumons-nous, les solutions adoptées jusqu’ici ont certes apporté du bien-être, ont même apporté de l’agrément à l’œil par la simplicité des volumes architectoniques, par le naturel des matériaux et surtout par leur facile intégration au milieu naturel. Mais force est de reconnaître que leur caractère spontané, empirique n’a pas laissé la place à une recherche systématique dans ce domaine, ce qui ouvre la porte à une critique aisée et aussi constructive – critique qui ne manquera pas de fustiger au passage les errements que les voyages et la vulgarisation architecturale ont suscité chez nous en l’absence de véritable homme de l’art. il s’agit évidemment de la « bétonomanie », de la fièvre des pilotis et de la diarrhée des arcades.

Tentons donc une approche analytique des éléments de confort pour notre région, et nous verrons comment « ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément », comment une architecture sainement conçue, sans artifices inutiles répondant bien aux impératifs susvisés doit nécessairement satisfaire aussi à l’esthétique.

D’abord les problèmes de résistance des matériaux et de leur mise en œuvre dans le cadre des constructions antisismiques et anticycloniques, la construction qui résisterait le mieux aux cyclones serait la casemate ou le blockhaus. Mais qui choisirait d’y habiter ?

Le pan de toiture quoiqu’on en pense reste un bon système à condition toutefois de respecter certaines règles :

1°) – Une étude sérieuse de la charpente

2°) – Une pente appropriée

3°) – Un assujettissement rigoureux des matériaux de couverture – clous, agrafes, attaches – la pente est importante car elle définit l’essentiel du volume architectural.

Cependant il faut noter que plus une toiture est plate plus l’étanchéité pose de problème et plus l’effort d’arrachement, effort vers le haut, est important. D’ailleurs au-delà d’un certain seuil l’arrachement se transforme en écrasement (effort vers le bas), c’est ce qui fait la fragilité de la construction à véranda.

L’avantage de cette solution est une certaine souplesse et une certaine légèreté qui donnent en outre un bon comportement au séisme. D’aucun de grande vaillance a pensé pouvoir améliorer encore ce que la sagesse de nos aînés avait enfanté. Ainsi est née une absurdité architecturale qui a nom « dalle anticyclone » dont la seule vocation est d’apporter un certain réconfort moral.

En effet celle-ci alourdit la construction, la rend plus sensible au séisme et surtout neutralise 15 à 20 % du confort climatique de la construction légère avec conservation proportionnelle de l’humidité ambiante. Je n’ai pu m’empêcher en parlant des cyclones de prendre en compte les séismes et pour cause… harmonieusement la défense contre le cyclone rejoint celle contre les séismes.

S’agissant d’énergie mécanique, plus la masse est lourde et plus l’inertie est importante et plus la construction en maçonnerie et béton est sollicitée. Inévitablement sa rigidité se traduit par des fissures qui déjà peuvent apparaître lors des retraits du béton ou des tassements différentiels des fondations.

Donc ici surtout l’architecture doit être vivante et non inerte.

Deuxième point important la ventilation – tant il est vrai que mieux vaut acclimatation que climatisation – Pour cela il faut que la ventilation soit non seulement libre mais éventuellement accélérée, de façon que l’on trouve sous le toit la fraîcheur que l’on trouve sous la ramée.

Il y a quelques principes de base qui sont simples – Et d’autant plus que nous jouissons d’un vent dominant caractérisé : l’alizé – Donc pour un local donné si l’on veut un maximum de ventilation dynamique il faut ceci :

 

Parce que l’air mobile, en passant par une quelconque chicane, et pour lui le moindre local habitable en est un, subit une perte de charge, se ralentit et s’échauffe. On palie cet inconvénient en lui ménageant une sortie plus large et généralement plus haute que l’entrée.

 

 

 

Il est évident qu’une telle disposition n’est valable que si le volume à ventiler n’a qu’une pièce d’épaisseur – on peut encore améliorer le système par « l’effet de cheminée – c’est-à-dire l’accélération de la vitesse de l’air par convection. Un croquis pour explication.

Avec l’accélération vitesse de l’air de 0,50 à 2,08 m/s il s’en suit une chute de température et une baisse du taux d’humidité. En résumé faire en sorte que l’air intérieur soit sensiblement à la même température que l’air extérieur sinon à une température plus basse.

 

 

Il faut préciser ici que la convection en mobilisant l’air chaud crée une ventilation même quand l’air extérieur est immobile.

La ventilation n’intéresse pas seulement la maison individuelle mais les ensembles par l’effet de masque. Des dessins :

Troisième point : l’insolation. Alors là, cela devient savant et l’on pourrait citer des termes très techniques tels que « conduction des parois » – rayonnement direct – rayonnement diffus ou ambiant – température radiante – résistance thermique d’une paroi – conductance – émissivité – sans compter les formules mathématiques qui les structurent. Retenons seulement ce qui relève immédiatement du bon sens et traduisons-le en schémas.

 

Rayonnement direct.

a) Protection supplémentaire par faux-plafond dans les zones de repos.

b) En élévation : matériau sans mémoire thermique.

c) Ventilation importante des sous-faces de toitures.

d) Construction lourde au sol et dans les zones d’ombre le plus grand développement possible des surfaces froides : baisse de température radiante moyenne – Rayonnement indirect. Outre le rayonnement propre des matériaux l’élément le plus important est la luminance que nous appelons vulgairement ici réverbération, terme qui dans bien des cas semble approprié.

Donc il faut réduire les luminances dans les champs de vision. Pour cela il faut tourner le dos au soleil – utiliser des claustras, surbaisser en visières les rives basses des toitures.

Enfin dernier élément et de loin vous verrez le plus important le site et la végétation. Premier effet de la végétation son absorption importante des rayonnements directs et diffus c’est pourquoi il fait bon sous les arbres.

Deuxième effet, tactique celui-là suivant que l’on veuille éviter ou favoriser la ventilation d’un local.

 

 

 

 

Le site lui aussi a son importance dans l’aspect final de l’habitation. En effet les chances de construire en terrain plat, sans faire intervenir des engins de nivellement plus ou moins importants, sans donc blesser le paysage, sont pratiquement nulles. Aussi, convient-il de s’adapter au relief, en évitant les pilotis qui sensibilisent le bâtiment aux cyclones et agressent le cadre naturel : et en collant au sol en construction lourde, la surface de celle-ci s’en trouve augmentée et la température radiante moyenne abaissée.

Ce même relief impose des orientations préférentielles qui ne sont pas nécessairement compatibles avec les problèmes de ventilation naturelle et de l’insolation.

Ainsi deux exemples :

1°) – Le versant Est avec vue s’ouvrant face aux alizés au rayonnement solaire le moins dur.

 

 

 

 

2°) – Le versant Ouest – la vue s’ouvre au soleil de l’après-midi : rayonnement direct maximum – rayonnement diffus maximum. Elle tourne le dos à la ventilation naturelle.

 

 

 

Il apparaît que la construction du versant Ouest est moins intégrée au site – mais nécessité fait loi – aussi demandera-t-elle un effort supplémentaire de recherche plastique.

Nous avons fait une visite plus touristique que technique des données qui conditionnent l’habitat – mais le bon sens a dû vous faire entrevoir tous les détails techniques, mathématiques et autres en grands nombres qui se cachent derrière ces grandes lignes. Il faudrait un gros-ouvrage pour en faire l’étude complète qui d’ailleurs ne le serait pas totalement puisqu’un élément important ne pourra y être traité : l’élément personnel, l’élément subjectif du maître d’ouvrage d’une part et du concepteur de l’autre.

Mais alors me direz-vous : dites-nous à quoi ressemble une maison typique de notre région ? Hélas ! J’ai perdu mon chapeau de magicien je ne pourrai pas vous la sortir toute faite. Et puis il faudrait que j’en sorte quatre différentes – hé oui : et peut-être une kyrielle d’autres qui combineraient les éléments de ces quatre là – mais je pourrais en faire le portrait-robot (robot polyvalent).

 

C’est une maison qui doit coller au sol, être en dur dans les parties basses et protégées du rayonnement solaire, ses superstructures doivent être légères et en bois de préférence. Elle doit être couverte en pan de toiture et ses débords doivent être limités, en descendant le plus bas possible pour réduire la luminance dans le champ de vision. Elle doit flirter avec le site et faire l’amour avec la végétation. Elle doit être cette chose vivante et aimante qui vous attend et vous accueille si tendrement que lorsqu’on l’a quittée on aspire qu’à une chose y revenir.

Maintenant cette maison peut s’habiller, se personnaliser – avec du plastique, du verre, de l’aluminium, du bois, du fer, structurer ses façades d’arcades pourquoi pas, ou de portiques droits. Ses toitures peuvent avoir des pentes diverses et s’orner de lucarnes ou de chiens assis. Là, il n’y a pas de recette, là il n’y a pas de tradition, tout est à inventer.

Seulement je peux dire que si toutes ces prescriptions sont observées et intelligemment mises en œuvre avec sensibilité, si les maîtres d’ouvrages se confient à leurs architectes comme on se confie à son médecin, il devrait nécessairement en résulter une unité architecturale, une architectonique typique de notre pays, signe d’une maturité culturelle, image d’une société équilibrée historiquement, socialement, techniquement et économiquement.

Fort de France, le 22.10.1979

Yves EDMOND, architecte DPLG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ETUDE GRAPHIQUE (ESQUISSE) DU GAOULE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Le CAUE a pris l’initiative de retranscrire l’ensemble de ces photocopies de M. EDMOND, pour une meilleure lisibilité des textes de l’auteur.

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