Coup de gueule : Motos, quads : Trop de bruit en Martinique !

Beaucoup de riverains se plaignent de plus en plus de la pollution sonore engendrée par les motos en Martinique, surtout ceux qui habitent à proximité d’axes routiers. Plusieurs projets de loi ont été réalisés au fil du temps dans l’optique de limiter les nuisances sonores créées par certains deux-roues, en particulier ceux qui sont sans pot d’échappement ou avec un pot d’échappement modifié plus bruyant. Or, il faut se rendre à l’évidence que ce type de pratique sur les pots d’échappement est très régulier en Martinique et qu’une grave pollution sonore se développe sur l’île.

Les deux-roues très bruyants sont généralement des mini-motos trafiquées, les quads et moto-cross qui ne sont normalement pas autorisées à circuler sur certains axes routiers.  Les pots d’échappements modifiés, non homologués ou absents génèrent du bruit et ne constituent que la partie audible du problème, car on observe également d’autres types de transformations sur les kits de puissance, sur les cadres renforcés ou sur les roues surdimensionnées. Ces motos sont bien souvent non immatriculées et circulent donc sans assurance. Ainsi, non seulement elles sont à l’origine de nuisances sonores pour les riverains, mais elles constituent aussi un danger pour les usagers de la route.

Que dit la loi sur les nuisances sonores des deux-roues ?

En 2016, le Ministère de l’Intérieur a communiqué que 20 000 contraventions avaient été dressées annuellement pour non-respect de l’article R. 318-3 du Code de la route. Les sanctions prévues par la loi sont les suivantes :

En réalité, les amendes ne dissuadent guère et les bruits amplifiés de motos posent un véritable problème sanitaire, car dans certains quartiers de Martinique, il ne s’agit plus de nuisances sonores, mais d’une véritable pollution sonore qui impacte gravement la santé des riverains, et en particulier des personnes âgées qui sont particulièrement vulnérables au bruit. Certaines portent des appareils auditifs qui amplifient le bruit des motos. Des riverains (notamment les nourrissons qui ont des capacités hyper-acoustiques), sont régulièrement réveillés en sursaut (ce qui engendre une accélération du rythme cardiaque), de jour comme de nuit, notamment à des heures très tardives, en semaine comme en week-end, par le bruit infernal de motos conduites par des personnes peu scrupuleuse de l’environnement, du cadre de vie, de la citoyenneté et du respect d’autrui. Un grand nombre de ces conducteurs et des personnes qu’ils transportent, ne portent pas de casque le plus souvent, ce qui les expose davantage aux risques d’accidents graves. Par ailleurs, une trop longue exposition à ce type de pollution sonore favorise l’insomnie, l’augmentation de stress, la détérioration de la santé nerveuse et des capacités auditives, et toutes les pathologies qui découlent de ces dysfonctionnements affligés par cette pollution. Des milliers de riverains n’arrivent même plus à discuter sans froncer les sourcils, à entendre facilement ce qu’on leur dit quand on leur adresse la parole, quand ces motos passent plusieurs fois par jour à proximité de leur logement ou de leur lieu de travail. Certains motards s’amusent même à faire des allers-retours incessants pendant plusieurs heures en cabrant leur moto, sur des portions de route qui leur servent de terrain de jeu.  Le corps et le mental des riverains surexposés à cette pollution sonore vivent ces bruits comme de véritables agressions.[1] Ces riverains trouvent vraiment injuste cette situation de pollueurs impunis qui, sentant qu’ils ont quasiment « le champ libre » sur les routes, font alors de plus en plus de bruit. Faut-il qu’on ait une situation encore plus chaotique pour que les choses puissent enfin bouger ?

Face à ce problème, que font les forces de l’ordre et autorités compétentes ? D’après ces dernières, les sanctions préalablement citées restent extrêmement difficiles à appliquer. Concernant le commerce des pots d’échappement non homologués ou modifiés, il s’effectue par le biais de réseaux parallèles souterrains, ce qui rend difficiles les saisies. Par ailleurs, il est compliqué d’identifier les motards pollueurs qui circulent bien souvent sans plaque d’immatriculation. La seule possibilité dans ce cas reste le flagrant délit, mais la mobilité des conducteurs qui souvent « jouent au chat et à la souris » sur des motos trafiquées et donc plus puissantes, ne facilite pas la constatation d’une ou plusieurs infractions, car en plus de la nuisance sonore s’ajoutent les modifications esthétiques et mécaniques pouvant être également sanctionnées. On observe actuellement deux autres tendances : la première consiste à écouter de la musique « le volume à fond » sur les deux-roues, comme certains conducteurs de voiture le font déjà, via des oreillettes ou de petits haut-parleurs très performants, à partir des téléphones portables. Ainsi, aux bruits insoutenables de pots d’échappement modifiés, se superposent ceux de musiques urbaines diffusées par tous les types d’engins motorisés. La deuxième tendance est de faire pétarder les pots d’échappement, un peu à l’instar des bradjaks [2] durant la période de carnaval. Enfin, les contrôles routiers auprès de motards violents et armés, circulant parfois en bandes, peuvent mettre en péril la vie des policiers et gendarmes qui les font. Serions-nous sur une île de « pirates à moto » qui font ce qu’ils veulent au détriment de la loi ?  Il faut tout de même se rendre à l’évidence que les démarches de sensibilisation réalisées par les différentes associations et autorités compétentes en matière de nuisances sonores ont atteint leurs limites, parce que le problème est fondamentalement social (désœuvrement des jeunes, images et modèles dans les médias, éducation, citoyenneté…).

La pollution sonore générée par les deux-roues et les quads n’impacte pas seulement les citadins, car on la retrouve aussi en milieu rural et dans les espaces naturels. Plusieurs atteintes écologiques sont à prendre en compte. Par exemple, la circulation en hors-piste qui est strictement prohibée et les nuisances sonores de ces engins motorisés, sont responsables d’écrasement ou de disparition de jeunes plants, de dérangements des animaux qui peuvent alors quitter les lieux, du dysfonctionnement de la reproduction de certaines espèces, de la destruction du biotope, de phénomènes d’érosion et de ruissellement provoqués par des passages réguliers, de rejets et fuites d’hydrocarbures (risques d’incendie), d’infiltrations dans le sol, de la dégradation paysagère et d’espèces en milieu littoral. Bien que la circulation sur les dunes, plages et rivages soit interdite, certains conducteurs de motos et de quads ne respectent pas les règles de circulation en milieu rural ou naturel. Leur circulation est pourtant réglementée dans les zones protégées. Par ailleurs la présence de ces engins dérange les utilisateurs de ces lieux qui sont souvent à la recherche de calme et de tranquillité. Par exemple, on ne se rend pas sur la plage du Diamant pour entendre le bruit d’un quad mais plutôt celui des vagues…

Il faut absolument poursuivre et renforcer les démarches de sensibilisation sur la pollution sonore engendrée par les deux-roues et les quads en Martinique, car dans bien des cas, nous ne sommes plus dans des contextes de nuisances sonores, mais dans une véritable situation de pollution sonore qui impacte négativement en permanence notre cadre de vie et notre santé. Il est important de souligner que les conducteurs de deux-roues et de quads n’appartiennent pas tous à la catégorie des pollueurs et que de « bons conducteurs » ont opté pour des comportements responsables et éco-citoyens, par respect d’autrui et de l’environnement.

 

Sources : Les furets.com  – DIREN – Martinique première – People Bo Kay

Crédits-photos : socnat – ParisDepeches.fr – m4e.com – People Bo kay – Martinique Première – Tripadvisor – Signalisationlevis.com

 

[1] Ici le mot « agressions » n’est pas du tout exagéré.

[2] Voitures décorées très bruyantes de la tradition carnavalesque martiniquaise.

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