La maison carrée

La maison carrée que nous vous invitons à découvrir est un acte véritable de marronnage pour son concepteur l’architecte Serge Gunot. Un mode d’habiter inspiré de celui des bushinengués, des nèg mawon et des amérindiens dans lequel on vit à l’extérieur en toute convivialité, tout en se protégeant des passages pluvieux  inévitables sous nos latitudes et en préservant son intimité.

Serge Gunot nous donne ci-après, sa vision sur l’architecture en milieu tropical et s’adresse aux futurs  aménageurs de notre territoire contraint :

« Devenez spécialistes du milieu dans lequel vous évoluerez. Je crois profondément en la prochaine génération pour continuer le travail que nous avons déjà commencé. Ayez une réflexion profonde sur le génie du lieu martiniquais.  C’est à vous, Martiniquais, de prendre en charge le futur aménagement du territoire.

Vous rendez compte de l’architecture qui doit s’adapter au milieu dans lequel elle s’intègre. Vous semblez comprendre l’importance des matériaux biosourcés car la majorité des matériaux sont aujourd’hui importés, mais il faudra faire le constat des matériaux disponibles en Martinique. Les Écoles d’architecture vous donnent les bases du métier, mais elles ne vous préparent pas assez à exercer la profession. Pourquoi ne pas penser à créer un Master d’architecture en Martinique, en alternance entre agence et milieu académique ?

Il faut critiquer les gens qui viennent avec une approche « doudouiste » de notre île et de l’architecture en stoppant le fantasme de la carte postale. Il faut donc des experts, et vous êtes déjà les experts en tant que natifs de l’île. Vous comprenez la culture, le mode de vie, et celui du mode de penser.

Mon conseil en tant qu’architecte, c’est de ne pas laisser les gens parler de parasismique et de paracylonique à votre place. Compléter votre formation d’architecture, si c’est possible, à Marseille, en faisant le D.P.E.A.

En 2030, l’architecture martiniquaise connaîtra un statu quo avec l’utilisation outrancière des murs de rideaux en verre pour faire moderne comme en Métropole, et une évolution fructueuse d’une bonne prise en compte de la richesse et de la biodiversité de notre île. Dealer avec cette nature, c’est développer des modes de fonctionnements différents afin de réintroduire le végétal pour résister aux enjeux climatiques. En 2030, je souhaiterais une Martinique revégétalisée où le « génie écologique » sera développé. Quand je parle de « génie écologique », je parle d’un échange gagnant-gagnant avec la nature.

Faire participer le végétal à l’acte architectural, notamment pour le confort thermique, c’est offrir une protection face aux caprices du climat et participer, de plus, à une plus grande autonomie alimentaire.

De plus, n’ayez pas peur de publier ce que vous faites déjà, à l’École. Vos mémoires, vos projets, vos réflexions, premièrement, vous feront connaître. Puis, en deuxième lieu, vous montrerez que la Martinique n’est pas un désert culture et technique comme certains le pensent à tort. Soyez visibles aux yeux du monde.

Il y a un travail de transmission que nous devons commencer ensemble. La nouvelle génération devra prendre le flambeau et nous devons travailler main dans la main. N’oubliez les autres îles, la caraïbe s’ouvre et les partenariats sont nombreux notamment avec la Fédération des associations caribéennes d’architectes (FCAA).

Serge GUNOT, est Architecte D.P.L.G. diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts (UP6) en juillet 1978. Il est diplômé du D.P.E.A. Conception Parasismique et chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres le 1er janvier 2009. 42 ans d’expérience.

 

Propos recueillis par  T. DUVAL

diplômé en Architecture

 

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